Le premier trimestre 2026 vient de se refermer, et les données confirment ce que les builders redoutaient depuis plusieurs mois : les prix des modules DDR5 ont bondi de 90 à 95 % en un seul trimestre selon TrendForce, un record absolu depuis la crise mémoire de 2022. Sur le segment PC DRAM spécifiquement, la hausse atteint même 105 à 110 %. Un kit DDR5-6000 32 Go qui se négociait autour de 80 à 100 euros à l’été 2025 dépasse désormais les 400 euros chez la plupart des revendeurs français. En quelques mois, certaines références ont été multipliées par cinq.
Et ce n’est pas fini. IDC vient de revoir significativement à la baisse ses prévisions de ventes PC pour 2026, tandis que Gartner lâche une prédiction qui fait froid dans le dos : le segment des PC à moins de 500 euros pourrait tout simplement disparaître d’ici 2028. Le marché PC entre dans une nouvelle ère, et elle n’est pas réjouissante pour le portefeuille.
A SAVOIR
TrendForce est le cabinet d’analyse de référence sur les marchés des semi-conducteurs. Ses données contractuelles font foi auprès des grands fabricants de mémoire. IDC et Gartner sont les deux autres grandes firmes mondiales qui suivent le marché PC.
Les faits : des chiffres qui donnent le vertige
La hausse des prix DRAM au premier trimestre 2026 dépasse toutes les projections initiales. TrendForce tablait en début d’année sur une progression de 55 à 60 % ; c’est finalement entre 90 et 95 % qui ont été enregistrés sur l’ensemble du segment DRAM, et même 105 à 110 % spécifiquement sur la mémoire PC. Un chiffre qui fait suite à une hausse de déjà 38 à 43 % sur le quatrième trimestre 2025. En cumulé depuis septembre 2025, les prix ont plus que triplé.
La cause est bien identifiée : l’explosion de la demande en HBM3 et HBM4 pour les accélérateurs IA de Nvidia, AMD et Intel pousse Samsung, SK Hynix et Micron à réallouer massivement leurs capacités de production vers la mémoire haute performance pour data centers. La DDR5 grand public fait les frais de cette ruée vers l’IA. Samsung a relevé son prix de contrat DDR5 à 19,50 dollars par puce, contre moins de 7 dollars en septembre 2025. La puce 16 Gb DDR5 a bondi de 6,84 dollars à 27,20 dollars en l’espace d’un seul trimestre, soit +298 %.
- PC DRAM (DDR4 + DDR5) : +105 % à +110 % QoQ au T1 2026
- NAND Flash (SSD) : +55 % à +60 % au même trimestre
- Puce DDR5 16 Gb Samsung : 6,84 $ (septembre 2025) → 27,20 $ (fin T4 2025), prix contrat actualisé à 19,50 $ en T1 2026
- Kit DDR5-6000 32 Go : ~80 à 100 € (été 2025) → plus de 400 € (printemps 2026)

Les données IDC complètent ce tableau sombre. L’organisation prévoit désormais seulement 252,5 millions d’unités PC expédiées en 2026, contre 284,7 millions en 2025, soit une chute de 11,3 %. Ce sera le pire recul du marché depuis plus d’une décennie selon Gartner, qui estime de son côté la contraction à -10,4 %. Paradoxe apparent : la valeur totale du marché PC devrait néanmoins progresser de 1,6 % pour atteindre 274 milliards de dollars. On vend moins de machines, mais chaque machine coûte plus cher.
Ce que ça change pour vous
Pour un gamer ou un créateur qui voulait monter une config à 1 000 euros en 2025, la même machine coûte facilement 200 à 300 euros de plus en 2026, rien que sur la mémoire. Et ce n’est pas uniquement la RAM : les SSD subissent eux aussi la vague, avec une hausse des prix NAND de 55 à 60 % sur le même trimestre. La double peine pour quiconque voulait se constituer un stockage généreux à petit prix.
Gartner chiffre la hausse moyenne des prix PC à +17 % en 2026, avec la part de la mémoire dans le coût de fabrication d’un PC passant de 16 % à 23 %. Conséquence directe : les fabricants abandonnent les configurations d’entrée de gamme, qui deviennent tout simplement impossibles à rentabiliser. Le marché se « premiumise » à marche forcée, que vous le vouliez ou non.

Le chiffre le plus marquant vient de Gartner, qui prédit la disparition pure et simple du segment des PC à moins de 500 euros d’ici 2028. En clair : si vous cherchez un PC abordable pour de la bureautique, du multimédia ou pour offrir, votre fenêtre se referme. Dans deux ans, la catégorie n’existera peut-être plus sous sa forme actuelle, remplacée par des Chromebooks ou des tablettes pour les usages les plus basiques.
ATTENTION
Gartner prédit la disparition des PC à moins de 500 dollars d’ici 2028. Les modèles accessibles se font déjà rares et leurs prix grimpent vite. Si vous cherchez un PC d’entrée de gamme, ne pas trop attendre.
Notre avis
La question que tout le monde se pose : faut-il acheter sa RAM maintenant ou attendre un retournement ? Notre réponse est directe. Si vous avez un projet de montage ou d’upgrade immédiat, achetez maintenant, mais restez raisonnable sur les specs. Les signaux d’un retournement à court terme n’existent pas. Les fondeurs ne vont pas se mettre à produire moins de HBM pour satisfaire les besoins des hyperscalers, et les nouvelles capacités de fabrication ne seront disponibles qu’au mieux fin 2026 ou début 2027. WccfTech signale bien une première légère baisse sur quelques références DDR5, mais c’est un ajustement marginal, pas un retournement de tendance.
Sur le choix du kit : ne cédez pas aux sirènes du DDR5-7200 ou du DDR5-8000 en ce moment. La différence de performances en jeu entre un kit DDR5-6000 et un kit DDR5-7600 représente à peine 5 à 8 % selon les benchmarks, pour un écart de prix qui peut atteindre 150 à 200 euros. Achetez le kit le moins cher compatible avec votre plateforme, DDR5-5600 ou DDR5-6000, et gardez ce budget pour le GPU ou le processeur, où la différence sera vraiment perceptible.
Pour ceux qui hésitent à migrer depuis une plateforme DDR4 : rester sur AM4 ou LGA 1700 avec un bon kit DDR4 déjà en main est une décision parfaitement raisonnable en 2026. Le passage à DDR5 coûtera moins cher dans 12 à 18 mois, une fois que les nouvelles capacités de production commenceront à peser sur les prix. Une seule règle en attendant : ne jamais payer un kit DDR5 premium dans un contexte de pénurie. C’est exactement ce que les fabricants espèrent.
À surveiller : les données TrendForce du T2 2026, attendues courant juillet, qui donneront la première indication sérieuse sur un possible tassement. Ce sera le vrai signal à guetter avant de sortir le portefeuille.